Notre road trip en Amérique du Sud. "Rester, c'est exister, mais voyager, c'est vivre." G. Nadaud
17 Junio 2013
Après de longs (et laborieux) trajets en bus, voici enfin un court trajet de 3h30 de route seulement pour rejoindre la ville de Potosi depuis Sucre. Ça fait du bien de ne pas devoir passer la nuit dans le bus pour une fois!
À notre arrivée à Potosi, nous renouons avec l'altitude, la ville est située à presque 4 000 mètres au dessus du niveau de la mer et ça caille!
Dans un style différent de Sucre (souvenez-vous, c'était notre étape précédente) la ville est tout aussi jolie.
Mais si nous sommes venues jusqu'à Potosi, c'est surtout parce que nous avons entendu parler de ses mines d'argent et du fameux "Cerro Rico". En effet, avant la colonisation espagnole, Potosi était considérée comme la ville la plus riche du continent américain grâce à tout l'argent pur qui se trouvait dans la montagne. Lorsque les espagnols ont découvert ce trésor au XVIe siècle, ils se sont servis d'esclaves indigènes pour exploiter les mines et ramener tout l'argent possible sur la péninsule ibérique...
Aujourd'hui encore, de nombreuses personnes (essentiellement des boliviens) continuent à travailler dans les mines à la recherche d'argent et de minéraux. Il est possible pour les touristes d'aller leur rendre visite directement dans les mines.
Après une petite hésitation quant à la réalisation de cette excursion (ça fait peut-être un peu trop voyeur tout ça...) nous décidons de sauter le pas et d'y aller!
Vers 8h30 du matin, le guide vient nous chercher directement à l'hôtel et nous impose un relooking complet! Avant de s'aventurer dans les mines, il faut s'équiper en conséquence: bottes, pantalon, veste, casque, frontale, la grande classe!
Nous montons ensuite dans le minibus en compagnie de 4 autres touristes, 2 mexicains et 2 argentins, cool on est un petit groupe!
Nous faisons une 1ère pause au marché des mineurs où notre guide (qui s'avèrera être un lourdingue par la suite) nous en apprend un peu plus sur les conditions de travail dans les mines. On est notamment choquées d'apprendre que pendant leur journée de travail (de 8h ou plus) les mineurs ne mangent rien de consistent malgré les efforts physiques auxquels ils sont soumis. Seules les feuilles de coca qu'ils mâchent à longueur de journée sont considérées comme leur "repas".
Nous avons également la grande joie d'apprendre que le 1er vendredi du mois c'est jour de fête dans les mines et que ce jour-là, ça picole sec! Et on est quel jour là? Ah bah tiens, vendredi justement! Mais attention, les mineurs sont loin d'être des petits joueurs. Ils ne tournent pas au vin, ni au rhum, ni même au whisky, non les mineurs boivent de l'alcool à 96 degrés! Oui messieursdames! On a testé pour vous, le moins qu'on puisse dire c'est que ça décrasse!
Le guide nous explique ensuite comment faire de la dynamite, on en emmème même une ou deux avec nous dans le camion. En toute sécurité toujours...
Bon, le seul point négatif de cet arrêt au marché c'est que nous avons été obligées, oui on dit bien obligées, d'acheter des "cadeaux" aux mineurs . On avait prévu le coup car on était prévenues mais on ne pensait vraiment pas être forcées de dépenser autant d'argent.
Après avoir donc dépensé nos derniers pesos boliviens (et n'avoir même plus assez de sous pour s'acheter une bouteille d'eau pour nous, c'est bien triste...) nous partons en direction de la montagne.
En 10/15 minutes à peine nous arrivons à l'entrée des mines où nous découvrons un autre monde. Wagons à la Indiana Jones, mineurs qui mâchent leur feuilles de coca, câbles relliés à de la dynamite, on est bien au XXIème siècle?
Nous pénétrons ensuite dans les mines et découvrons les conditions de travail infâmes des mineurs. Le sol est gadoueux, il faut se courber pour avancer, l'air est difficilement respirable, il n'y a pas de lumière...
Nous faisons un 1er arrêt à côté d'une statue que les mineurs renomme "El Tío". Si à l'extérieur de la mine les mineurs sont catholiques, à l'intérieur ils s'en remettent au "Tío" à qui ils demandent sécurité et prospérité. La coutume est d'offrir une offrande au "Tío", l'occasion de se descendre une 1ère bouteille d'alcool à 96 degrés...
Nous continuons ensuite notre avancée dans la mine et partons à la rencontre des mineurs. Ce que nous ne savions pas, c'est que nous devons prendre l'apéro avec chaque mineur rencontré et liquider à chaque fois une bouteille d'alcool! Ça monte rapidement à la tête tout ça!
De plus, l'avancée dans les mines devient de plus en plus complexe: nous devons ramper et passer dans des endroits très étroits. On n'est pas du genre claustrophobes mais là on n'est quand-même pas méga à l'aise.
Ces nombreuses pauses "apéro" sont l'occasion pour nous de parler avec les mineurs. Certains sont là depuis une vingtaine d'années et n'ont d'autre choix que de travailler ici pour nourrir leur famille nombreuse, d'autres sont encore très jeunes. Dans tous les cas ils ont conscience d'être condamnés mais ne se laissent pas abattre pour autant et gardent leur bonne humeur.
Cette expérience a sans conteste été l'une des plus marquantes depuis le début de ce voyage. Ces images resteront sans doute gravées dans nos mémoires, et font quand-même relativiser. Comme nous l'a si bien dit un américain juste avant notre entrée dans les mines "This experience makes you love your job more" (ouais, quand on en aura un quoi...).
Le lendemain, pour continuer dans notre lancée, nous allons visiter la "Casa de la Moneda" (maison de la monnaie), l'endroit où ont été frappées les pièces de monnaie jusqu'en 1951. On découvre les conditions de travail très difficiles des indigènes.
La visite est très intéressante et est un bon complément à l'expérience dans les mines. On profite ensuite de l'après-midi pour se promener encore un peu dans la ville et puis on se repose avant le départ vers notre dernière destination bolivienne, déjà!